Les défis de la DéFi

Parmi les principaux défis que la DeFi doit surmonter pour grandir, citons : 

  1. Les enjeux d’adoption et d’expérience utilisateur: il est crucial de faciliter au maximum l’utilisation des outils permettant d’interagir avec les services de DeFi, car ceux-ci ne sont pas encore aujourd’hui à la portée de la plupart des internautes. La gestion des clefs privées, en particulier, est par exemple aujourd’hui un frein important à l’adoption de ces services (c’est même « le plus grand obstacle» à cette adoption pour Robert Leshner, CEO de Compound Finance). Des efforts manifestes ont commencé à être entrepris en termes d’expérience utilisateur. Aujourd’hui des applications comme Argent ou Uniswap ont réussi à créer des produits beaucoup plus accessibles. Ces efforts ne feront que s’intensifier pour accélérer l’adoption de protocoles pour certains déjà fonctionnels. Dans bien des cas, cela devrait passer par le développement d’applications fonctionnant par-dessus les protocoles existants.
  1. La difficulté pour les investisseurs institutionnels à s’assurer contre les risques techniques.

« L’un des plus grands obstacles aujourd’hui est le manque de produits d’assurance, [en particulier] l’incapacité à s’assurer contre les risques liés aux smart contracts. Les investisseurs institutionnels ne sont pas à l’aise avec l’idée de mettre de l’argent en séquestre s’il n’y a pas d’indemnités liées aux failles techniques ». 

Max Bronstein, Marketing Manager of Dharma
  1. Le flou concernant les enjeux réglementaires et notamment les obligations liées au KYC / AML. A noter justement que parmi les organisations qui construisent des protocoles de la DeFi, certaines ont choisi de développer dans le même temps des produits qui exploitent leur propre protocole pour proposer aux utilisateurs finaux une expérience plus intuitive et des produits plus conformes à la réglementation. C’est par exemple le cas de dYdX (avec son produit Expo), dont les fondateurs se présentent non pas en opposition aux réglementations existantes mais bien dans une démarche de conformité (rencontres et échanges avec les régulateurs, etc.), bien qu’ayant conscience d’évoluer dans des zones grises. 
  1. L’émergence possible d’un système (fonctionnel et facile d’utilisation) d’identité décentralisée (et de réputation) autour de ces services. 
  1. La liquidité:

« Un nouveau système financier est une idée excitante, mais est inutile sans liquidité. Pour encourager la liquidité, il faut qu’il soit équitable, facile, économique et rapide d’échanger sur chaque marché. Aujourd’hui, les marchés financiers fondés sur des blockchains ne remplissent pas la plupart de ces critères. Le manque de liquidité est une contrainte forte. »

Joey Krug, Co-Chief Investment Officer at Pantera Capital

En outre, il n’est pas certain que les logiques propres aux cryptomonnaies conviennent réellement aux populations de régions en développement, au-delà des belles promesses avancées en la matière. Les retours d’expérience suite à l’usage du M-PESA (système de microfinancement et de transfert d’argent par téléphone mobile) au Kenya montrent par exemple qu’une problématique clef s’est avérée être la difficulté d’annuler une transaction effectuée par erreur (en tapant mal l’adresse du destinataire, en l’occurrence son numéro de portable dans ce système); l’opérateur mobile Safaricom qui propose M-PESA a même introduit une méthode facile pour annuler une transaction faite par erreur (qui ne marche toutefois que si le destinataire n’a pas encore retiré son argent). Or les cryptomonnaies ne risquent pas d’aider à surmonter ce problème… 

Il faut néanmoins rappeler que les usages de la DeFi vont bien au-delà du cas du transfert d’argent de particulier à particulier que permettent M-PESA et Bitcoin. Or le fait de se tromper de destinataire est surtout lié au transfert d’argent. Les services permettant de créer son propre marché prédictif (exemple de l’agriculteur voulant se protéger contre le risque d’absence de précipitations), d’émettre sa propre dette, de toucher des intérêts sur ses cryptoactifs ou encore d’investir dans des paniers d’actifs reposent sur des logiques différentes, qui font appel en partie à des smart contracts (automatisation de processus, et donc réduction de manipulations manuelles). 

Il ne faut pas voir les cryptomonnaies simplement comme des outils de désintermédiation financière : ces innovations permettent aussi et surtout de faire émerger de nouveaux usages. 

Cela étant dit, gare au « solutionnisme» technologique. Les acteurs du monde crypto doivent aborder le sujet avec humilité. 

Notons également qu’un élément favorable à l’adoption des crypto est la jeunesse de la population. L’aspect générationnel a effectivement son importance: il sera probablement moteur dans l’évolution des habitudes et des comportements vis-à-vis de la crypto.

« Qui a dit que la DeFi est compliquée ? J’ai 19 ans. J’ai évolué dans le monde de la DeFi avant d’avoir essayé le système financier traditionnel, et maintenant que j’essaie celui-ci il m’apparaît plus compliqué. La DeFi n’est pas compliquée. C’est juste que les gens n’y sont pas habitués ». 

Samyak Jain, cofondateur de l’application InstaDapp

Ce point de vue est loin d’être isolé. En 2012, Vitalik Buterin, alors cofondateur de Bitcoin Magazine, avait écrit une analyse montrant que les adolescents constituaient la clef de l’adoption des cryptomonnaies. En 2017, une étude montrait justement que 37 % des Millenials masculins interrogés considéraient le bitcoin comme plus digne de confiance que des grandes banques comme JPMorgan ou Goldman Sachs — un chiffre probablement appelé à progresser avec le temps et le « Lindy Effect ».