Les cryptoactifs synthétiques – la DeFi sort de sa bulle

Les bénéfices de la finance décentralisée sont nombreux : transparente, sécurisée, auditable, elle permet également des modes nouveaux d’allocation du capital. Mais surtout, elle brise les barrières à l’entrée du système financier et permet à n’importe qui d’accéder à des stratégies financières complexes auparavant réservées à une élite financière.

Cependant son périmètre est restreint aux seuls cryptoactifs. Il est impossible d’y échanger des actions du CAC40, des obligations d’Etat, du cacao et encore moins les produits dérivés du Chicago Mercantile Exchange. 

Les cryptoactifs synthétiques sont une solution pour élargir l’horizon de la finance décentralisée. D’abord ils offrent une exposition sans intermédiaires ni KYC aux actifs de la finance traditionnelle. Mais surtout, ils apportent à la DeFi les produits dérivés de la finance traditionnelle et deviennent ainsi un outil incontournable dans la gestion d’actifs digitaux.

Les cryptoactifs synthétiques, c’est quoi ?

Un cryptoactif synthétique est un actif sur la blockchain dont la valeur fluctue en fonction de celle d’un autre actif, appelé sous-jacent. 

Un synthétique sert donc à s’exposer à un autre actif, le sous-jacent, sans nécessairement le posséder

Le concept n’est ni nouveau ni propre à l’écosystème crypto. En finance traditionnelle, les produits dérivés remplissent le même rôle. Les contrats à terme, les options ou les index par exemple sont des actifs synthétiques, c’est à dire des actifs dont la valeur fluctue en fonction d’un sous-jacent qu’il n’est pas nécessaire de posséder pour s’y exposer. 

Deux cas d’usages des synthétiques sont particulièrement pertinents en finance décentralisée :

  • Ils apportent une exposition aux actifs de la finance traditionnelle tout en profitant des bénéfices du système financier décentralisé
  • Ils permettent la création et l’accès à des produits dérivés complexes en finance décentralisée

S’exposer aux actifs de la finance traditionnelle

Le premier cas d’usage est l’exposition à d’autres actifs que les purs cryptoactifs (cryptomonnaies par exemple).

Par exemple, pour gagner une exposition rapide à l’or sans en posséder réellement, il est possible d’acheter un token, un cryptoactif synthétique, dont la valeur calque en temps réel celle de l’or sur les marchés. 

Le concept s’applique potentiellement à tout actif réel liquide dont le prix est observable sur les marchés. Ainsi s’échangent déjà de l’or, de l’argent, des dollars, de l’euro, et autres valeurs grâce aux synthétiques au sein de la finance décentralisée.

Rien n’interdit théoriquement à l’avenir de pouvoir échanger des actions, d’autres matières premières, et de multiples autres actifs.

Ainsi les cryptoactifs synthétiques rendent possible un véritable système alternatif à la finance traditionnelle à celui qui voudrait s’y exposer.

Sur Synthetix, il est possible d’échanger de l’Or (sXAU), de l’argent (sXAG) ou encore des dollars américains et australiens

Accéder à des produits dérivés complexes

Mais le potentiel des synthétiques se réalise pleinement lorsque le sous-jacent lui même est un cryptoactif. 

En premier lieu, ces synthétiques sont des copies conceptuelles de produits dérivés classiques. Quelques exemple :

  • Les index : SetProtocol et Synthetix proposent chacun à l’échange des tokens qui dérivent leur valeur de plusieurs autres tokens. Ainsi, à l’image d’un indice CAC40 ou S&P 500, il est possible de s’exposer aux meilleurs protocoles en DeFi via le token DeFi Pulse de Set Protocol
  • Les options : Des protocoles comme Hegic ou ACO proposent d’échanger des options pour spéculer ou se couvrir sur certaines positions.
  • Les shorts : Synthetix propose des dérivés iBTC, iLINK, iADA ou encore iBNB dont la valeur est essentiellement l’inverse de celle des tokens échangés. C’est ainsi une manière de parier à la baisse sur les cours. 

Mais la finance décentralisée apportant son propre lot de nouvelles stratégies financières, on voit apparaître des tokens plus complexes, dont la valeur repose sur le succès de stratégies spécifiques à la finance décentralisée.

Set Protocol propose ainsi de s’exposer aux opérations particulières de la DeFi. Ainsi, des token permettent d’accéder aux dernières stratégies de Yield Farming, ou d’autres des stratégies de levier ou d’arbitrage. 

Set Protocol permet d’accéder à des tokens dont la valeur dérive des meilleures stratégies de Yield Farming du moment

Les cryptoactifs synthétiques sont de la dette tokenisée

Si nous en comprenons l’intérêt, il reste à saisir le fonctionnement d’un système de synthétiques et ce qui fonde leur robustesse.

Pour cela, nous illustrerons le propos par l’exemple de Synthetix, première plateforme de génération et d’échange de cryptoactifs synthétiques sur Ethereum. Ce protocole est ouvert à tous et n’importe qui peut générer des actifs synthétiques sans pour autant en posséder le sous-jacent. 

Pour cela, Synthetix repose sur un système de dette tokenisée.

Le processus de génération d’un synthétique est similaire à celui qu’une banque entreprend quand elle accorde une ligne de crédit sous hypothèque. Ainsi, le séquestre d’un collatéral sur le protocole permet de générer une dette du système envers le dépositaire. 

Contrairement au système bancaire traditionnel, un système décentralisé comme Synthetix doit maintenir un ratio de collateral/dette d’environ 700% pour résister aux chocs liés à la volatilité des cryptomonnaies.

Ainsi, le dépôt de 700€ sur le protocole génère une dette de 100€ du système envers le dépositaire. Cette ligne de crédit est ensuite transformée en l’actif synthétique cible, soit par exemple de l’or, de l’argent, des actions ou autre. 

C’est ensuite le rôle de réseaux indépendants d’Oracles d’intégrer les données des prix des actifs réels au sein du protocole pour générer la quantité adéquate de cryptoactifs synthétiques.

Un système robuste par des jeux d’incitations économiques

Synthetix fonctionne et doit sa robustesse à des jeux d’incitations économiques

Ainsi pour garder une valeur en collatéral sept fois supérieure à celle des synthétiques et ainsi toujours assurer la restaurabilité du synthétique pour la valeur du sous-jacent, des mécanismes incitent les dépositaires à garder un ratio collatéral/emprunt sain pour éviter de se faire liquider.

De plus le protocole sait inciter ses participants à déposer de la liquidité et à rester un maximum de temps de temps sur la plateforme en récompensant l’engagement sur le long terme. 

Au-delà d’être un exemple de protocole décentralisé mais robuste et efficient, Synthetix apporte une brique fondamentale à la DeFi : les cryptoactifs synthétiques. Ils permettent d’étendre la finance décentralisée au monde extérieur, de créer des stratégies complexes de produits dérivés et de faciliter l’accès à ces stratégies pour les non-initiés. Au même titre que les produits dérivés sont des instruments essentiels de la finance traditionnelle, les cryptoactifs synthétiques sont un instrument essentiel des gestionnaires d’actifs digitaux, et de tous ceux qui investissent dans la finance décentralisée.