Qu’est ce que la DeFi, la finance décentralisée ?

La Finance Décentralisée (abrégée DeFi pour Decentralized Finance en anglais) est un système financier alternatif fondé sur les technologies du web décentralisé, c’est à dire principalement les blockchains et les cryptomonnaies (et plus généralement les crypto-actifs). Si vous ne connaissez pas les technologies du web décentralisé, il peut être utile de lire d’abord cet article pour mieux comprendre la DeFi. 

La DeFi est développée en parallèle du système financier existant, qu’elle complète et concurrence à la fois. 

Elle  se distingue du système financier traditionnel par trois caractéristiques principales : 

  • Elle est nativement numérique
  • Elle fonctionne sur des infrastructures décentralisées
  • Elle est ouverte à tous, aussi bien en termes d’usage et de consultation que de participation à sa construction. 

La DeFi se caractérise aujourd’hui par sa modularité: ce système se compose de multiples services centrés sur des besoins spécifiques (échange de crypto-actifs, usage de crypto-actifs stables (stablecoins), prêts, produits dérivés, hedge funds, marchés prédictifs…) qui se combinent souvent les uns avec les autres. 

La DeFi entend répondre à un certain nombre de limites du système financier actuel (inégalités d’accès, risques de contrepartie, opacité…) en créant les fondations d’un nouveau système plutôt qu’en apportant des améliorations incrémentales à l’existant. 

Le secteur voit sa valeur mise en dépôt dans des smart-contracts (dite “TVL” pour Total Value Locked) fin août culminer à $7,5 Bn contre $1 Bn au 1er Juin 2020. 

A quoi sert la DeFi ?

En synthétisant, on peut prêter à la DeFi et à l’écosystème qui la développe 4 utilités principales: 

  1. Rendre disponibles (et accessibles financièrement) à tout un chacun des services financiers aujourd’hui accessibles uniquement à certains (individus fortunés, grandes entreprises, individus et entreprises de zones géographiques spécifiques ou de pays développés…) ou, à l’inverse, interdits à certains (l’organisation Wikileaks s’était par exemple vue interdire par Visa, Mastercard et Paypal de recevoir des dons en monnaies traditionnelles, la conduisant à accepter les dons en bitcoins… qui ont d’ailleurs par la suite gagné considérablement en valeur). 
  1. Déplacer ses actifs de valeur de façon fluide, rapide et indépendante, d’un fournisseur de services financiers à un autre, partout dans le monde, sans devoir passer par des tiers exigeant des commissions démesurées ou pouvant soit bloquer des transferts de façon arbitraire, soit demander des justifications ou justificatifs n’ayant pas toujours lieu d’être.
  1. Améliorer « l’efficience des marchés de capitaux, en rendant des unités de valeur (actions, obligations, immobiliers, monnaies, etc.) interopérables et programmables sur des registres ouverts » (analyse du fonds d’investissement Multicoin). Selon ce point de vue, le mouvement de tokenisation et de STO — encore faible aujourd’hui mais prometteur à moyen terme — pourrait rentrer dans le domaine de la DeFi. On pourrait toutefois objecter que le caractère ouvert et décentralisé de la DeFi ne s’applique pas tout-à-fait aux actifs financiers traditionnels tokenisés… In fine, tout dépend des contours que chacun donne à la DeFi : selon certaines visions, elle inclut uniquement des actifs nativement numériques ; pour d’autres, elle touche aussi aux actifs traditionnels lorsqu’ils sont tokenisés. 
  1. Apporter une transparence inédite aux transactions financières, menant en théorie à une meilleure auditabilité et une meilleure gestion des risques. Dans cette perspective, il est envisageable que les grandes firmes d’audit fassent de plus en plus appel à l’avenir à des ingénieurs experts dans les langages utilisés par les applications de DeFi (comme le langage Solidity, très utilisé sur Ethereum), ainsi qu’à des profils hybrides, compétents à la fois en finance et sur les aspects techniques des blockchains.

Quels sont les atouts de la DeFi ? 

Ce nouveau système présente plusieurs atouts qui le rendent unique: 

  • Il est inclusif par nature : de la même façon que sur Internet chacun peut créer des contenus, les partager et entreprendre sans en demander la permission au préalable, la DeFi permet à toute personne disposant d’une connexion Internet d’accéder aux services financiers proposés, et de participer à leur développement, sans devoir en demander la permission. C’est pourquoi il est qualifié de “permissionless”, non-permissionné en français. 
  • Il est résistant à la censure. Aucune entité, aucun groupe, aucun individu ne peut s’opposer unilatéralement à une transaction entre deux parties consentantes. 
  • Il s’appuie sur un registre incorruptible: les transactions étant inscrites sur une blockchain publique comme Ethereum, elles ne sont pas modifiables ou annulables unilatéralement. 
  • Il est transparent et auditable: les conditions proposées aux utilisateurs sont transparentes et non cachées, et ainsi auditables par quiconque, à l’opposé de la relative opacité du système financier traditionnel. 
  • Il présente un risque de contrepartie réduit : il n’est pas nécessaire de faire confiance à un tiers centralisateur pour la gestion des fonds ou la validation des transactions. 
  • Il permet de programmer des actions automatisables ou auto-exécutantes sans devoir recourir à un tiers, grâce à des smart contracts. 
  • Il est très modulaire: il combine différents protocoles, outils, innovations et propose ainsi une forte granularité et modularité.

L’univers de la DeFi étant naissant, il est difficile de prédire son avenir avec beaucoup de précision. Cependant, il est possible d’ores et déjà d’analyser certaines tendances, et de se familiariser avec ses défis.